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Poetry

Jim Nisbet translates LES FLEURS DU MAL by Baudelaire P1

 

EXCLUSIVE TO RETORT – A Selection from

LES FLEURS DU MAL by Charles Baudelaire translated by Jim Nisbet


Les Fleurs du Mal
by
Charles Baudelaire

translated by
Jim Nisbet

Part 1

AU POÉTE IMPECCABLE
AU PARFAIT MAGICIEN ÉS LETTRES FRANçAISES
A MON TRES CHER ET TRES VÉnÉrÉ
MAITRE ET AMI
THPÉOPHILE GAUTIER
AVEC LES SENTIMENTS
DE LA PLUS PROFONDE HUMILITÉ
JE DEDIÉ
CES FLEURS MALADIVES
C.B.

TO THE IMPECCABLE POET
AND UNSURPASSED MAGICIAN OF FRENCH LETTERS
MY DEAR AND VENERATED
MASTER AND FRIEND
THÉOPHILE GAUTIER
WITH ABJECT
AFFECTION AND HUMILITY
I DEDICATE
THESE INSALUBRIOUS BLOOMS

Au Lecteur

La sottisse, l’erreur, le pêché, la lésine,
Occupent nos esprits et travaillant nos corps,
Et nous alimentons nos aimables remords,
comme les mendiants nourrissent leur vermine.

Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches;
Nous nous faisons payer grassement nos aveux,
Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux,
Croyant par de vils pleurs toutes nos taches.

Sur l’oreiller du mal c’est Satan Trismégiste
Qui berce longuement notre esprit enchanté,
Et le riche métal de notre volonté
Est tout vaporisé par ce savant chimiste.

C’est le Diable qui tient les fils qui nous remuent!
Aux objets répugnants nous trouvons des appas;
Chaque jour vers l’Enfer nous descendons d’un pas,
San horreur, à travers des ténèbres qui puent.

Ainsi qu’un débauché pauvre qui baise et mange
Le sein martyrisé d’une antique catin,
Nous volons au passage un plaisir clandestine
Que nous pressons bien for comme une vieille orange.

Serré, fourmillant, comme un million d’helminthes,
Dans nos cerveaux ribote un peuple de Démons,
Et, quand nous respirons, la Mort dans nos poumons
Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes.

Si le viole, le poison, le poignard, l’incendie,
N’ont pas encor brodé de leurs plaisants dessins
Le canevas banal de nos piteux destins,
C’est que notre âme, hélas! n’est pas assez hardie.

Mais parmi les chacals, les panthères, les lices,
Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents
Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants,
Dans la ménagerie infâme de nos vices,

Il est un plus laid, plus méchant, plus immonde!
Quoiqu’il ne pousse ni grands gestes ni grands cris,
Il ferait volontiers de la terre un débris
Et dans un bâillement avalerait le monde;

C’est l’Ennui! — l’oeil chargé d’un pleur involontaire,
Il rêve d’échafauds en fumant son houka.
Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,
–Hypocrite lecteur, — mon semble, — mon frère!

To The Reader

Stupidity, error, sin, parsimony,
Preoccupy our souls, rack our nerves,
And succour sweet remorse
Like beggars nourish their vermin.

Our sins are tenacious, our repentance lax:
We ingratiate ourselves with a brace of lame confessions,
And gaily regain the well-traced mire, with the excuse that
Mere vile tears might efface the scars of birth.

On the pillow of evil it is Satan Trismegistus, the Psychopomp
Himself, who rocks the cradle of our languorous spirit,
And his alchemy transmogrifies into dust
The rich alloy of our resolve.

Our strings are pulled by the devil!
We discover allure in the most repugnant objects;
Each day we descend through reeking shadows,
Straight to hell without a clue.

Like a slobbering impoverished drunk who chews
The martyred breast of an ancient whore,
We steal secret pleasures
And squeeze them as dry as withered fruit.

Our brains teem with rioting demons,
They seethe like a million pinworms,
And when we inhale, Death enters our lungs,
An invisible river deaf to our whimpers.

If noose, poison, knife, flame
Have yet to embroider their comely designs
On the banal fabric of our pitiful destiny,
It is because our soul — alas! — is insufficiently defiant.

But among the jackals, panthers, lice,
Apes, scorpions, buzzards, snakes,
Yipping, puking, growling, jactitating –
The infamous menagerie of our vices,

There is one uglier, nastier — most loathsome of all!
Mere posturing, mere screaming won’t due for him,
He who would gladly reduce the known world to debris
And swallow the wrack with a yawn;

He’s called Boredom! — come on, show us the crocodile tear,
You, who dream of scaffolds while sucking your narghile.
You know him, reader, that scrupulously insatiable monster,
–Hypocritical reader, — my double! — my brother!

SPLEEN ET IDÉAL

I. — BÉNÉDICTION
Lorsque, par un décret des puissances suprêmes,
Le Poèt apparait en ce monde ennuyé,
Sa mère épouvantée et pleine de blasphèmes
Crispe ses poings vers Dieu, qui la prend en pitié :

– << Ah! que n’ai-je mis bas tout un noeud de vipères, Plutôt que de nourrir cette dérision! Maudite soit la nuit aux plaisirs éphémères Où mon ventre a conçu mon expiation ! Puisque tu m’as choisie entre toutes les femmes Pour être le dégoût de mon triste mari, Et que je ne puis pas rejeter dans les flammes, Comme un billet d’amour, ce monstre rabourgri, Je ferai rejaillir ta haine que m’accable Sur l’instrument maudit de tes méchancetés, Et je tordrai si bien cet arbre misérable, Qu’il ne pourra pousser ses boutons empestés ! >>

Elle ravale ainsi l’écume de sa haine,
Et, ne comprenant pas les desseins éternels,
Elle-même prépare au fond de la Géhenne
Les bûchers consacrés aux crimes maternels.

Pourtant, sous la tutelle invisible d’un Ange,
L’Enfant déshérité s’envivre de soleil,
Et dans tout ce qu’il boit et dans tout ce qu’il mange
Retrouve l’ambroisie et le nectar vermeil.

Il joue avec le vent, cause avec la nuage,
Et s’envivre en chantant du chemin de la croix ;
Et l’Esprit qui le suit dans son pèlerinage
Pleure de le voir gai comme un oiseau des bois.

Tous ceux qu’il veut aimer l’observent avec crainte,
Ou bien, s’enhardissant de sa tranquillité,
Cherchent à qui saura lui tirer une plainte,
Et font sur lui l’essai de leur férocité.

Dans le pain et le vin destinés à sa bouche
Ils mêlent de la cendre avec d’impurs crachats;
Avec hypocrisie ils jettent ce qu’il touche,
Et s’accusent d’avoir mis leur pieds dans ses pas.

Sa femme va criant sur les places publiques:
<< Puisqu’il me trouve assez belle pour m’adorer, Je ferai le métier des idoles antiques, Et comme elles je veux me faire redorer; Et je me soûlerai de nard, d’encens, de myrrhe, De génuflexions, de viandes et des vins, Pour savoir si je puis dans un coeur qui m’admire Usurper en riant les homage divins! Et, quand je m’ennuierai de ces farces impies, Je poserai sur lui ma frêle et forte main; et mes ongles, pareils aux ongles des harpies, Sauront jusqu’à son coeur se frayer un chemin. Comme un tout jeune oiseau qui tremble et qui palpite, J’arracherai ce coeur tout rouge de son sein, Et, pour rassasier ma bête favorite, Je le lui jetterai par terre avec dédain! >>

Vers le Ciel, où son oeil voit un trône splendide,
Le Poète serein lève ses bras pieux,
Et les vastes éclairs de son esprit lucide
Lui dérobent l’aspect des peuples furieux :

– << Soyez béni, mon Dieu, qui donnez la souffrance
Comme un divin remède à nos impuretés
Et comme la meilleure et la plus pure essence
Qui prépare les forts aux saintes voluptés !

Je sais que vous gardez un place du Poète
Dans les rangs bienheureux des saintes Légions,
Et que vous l’invitez à l’éternelle fête
Des Trônes, des Vertus, les Dominations.

Je sais que la douleur est la noblesse unique
Où ne mordront jamais la terre et les enfers,
Et qu’il faut pour tresser ma couronne mystique
Imposer tous les temps et tous les univers.

Mais les bijoux perdus de l’antique Palmyre,
Les métaux inconnus, les perles de la mer,
Par votre main montés, ne pourraient pas suffire
A ce beau diadème éblouissant et clair.

Car il ne sera fait que de pure lumière,
Puisée au foyer saint des rayons primitifs,
Et dont les yeux mortel, dans leur splendeur entière,
Ne sont que des miroirs obscurcis et plaintifs !

SPLEEN AND THE IDEAL

I. — BENEDICTION

When, by a decree of the supreme powers,
The Poet appears in this boring world,
His outraged mother overflows with blasphemy
Clenches her fist against God, who takes pity on her:

“Ah! better that I gave birth to a nest of vipers,
Than that I am forced to nourish this mockery!
Cursed be the night of forgotten pleasures
That filled my belly with this atonement!

Since you have chosen me, of all women,
To bear the brunt of a disgusted husband,
And since I can’t merely cast this swarthy
Abomination into the stove like a used rubber,

I will turn this hate by which you overwhelm me
Onto the instrument of your malice,
And I’ll bend this miserable twig so that
no man shall never see it flower!”

She chokes back the spume of her hatred,
And, with no comprehension of eternal design,
She herself prepares her heap among the pyres
Consecrated in the depths of Hell to uniquely maternal crimes.

Nevertheless, under the tutelage of an invisible Angel,
The disinherited child flourishes in the sun,
And in all that he drinks and all that he eats
He finds ambrosia and the nectar of cherries.

He plays with the wind, chases the cloud,
Even chanting the Stations of the Cross intoxicates him,
Even the brooding spirit of the pilgrim weeps
To see him, gay as a woodland bird.

Those who would love him watched him with fear,
Or else, emboldened by his tranquility,
Searched out anything that might elicit a cry from him,
and, in the end, deployed upon him all their ferocity.

In the bread and wine destined for his mouth
They mingled ashes and spit;
With hypocrisy they threw away anything he touched,
And accused him of misleading them.

His woman goes crying in the market:
“Since he finds me pretty enough to adore,
I’ll make like the idols of olden days,
And like them I’m going to re-gild myself;

And I’ll besot myself with spikenard, incense, myrrh,
With genuflections, meat and wine,
In order to savor whether I can usurp other happy visages
In a heart that admires me!

And, when I’m bored with this impious farce,
I’ll lay on him my frail, strong hand;
And my nails, comparable to those of the Harpies,
Will excavate a path to his heart.

His heart, that trembles and quivers
like a baby bird, I’ll rip red from his breast,
And, to tease my favorite Rottweiler,
I’ll cast it into the dirt with disdain!”

Skyward, where he decries splendid throne,
The poet raises his pious arms,
And the flashing immensity of his lucid soul,
Shields him from the stares of enraged humans:

“Blessed God, who gives us suffering
As a divine remedy for our impurities
And like the best and purest of essences
Who prepares the strengths of the voluptuous apostles!

I know that you keep a place for the Poet
Among the blessed ranks of sainted legions,
And that you invite him to the Eternal Celebration
of Thrones, of Virtues, of Dominions.

I know that grief is the one nobility
That earth and hell cannot overcome,
And that it’s necessary to interweave all of Time
And the entire Universe with my mystic crown.

But the lost jewels of ancient Palmyra,
The unknown metals, the pearls of the sea,
Even mounted by your own hand, cannot eclipse
This diadem for clarity and beauty;

For it will be conceived of the purest illumination,
Forged in the sacred foyer of aboriginal light,
And mortal eyes, reflecting this splendor,
Are mere mirrors, smoked and obscured.

II. — L’ALBATROS

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolent compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ses rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid!
L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait!

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

II. — THE ALBATROSS

Sometimes, to amuse themselves, a crew
Hook an albatross, that vast bird of the sea,
One of those indolent companions who follow
A ship as it glides over the bitter gulfs.

Scarcely have they set him on the deck than this king
Of the azure becomes maladroit and ashamed,
He drags his great white wings
Like a pair of oars trailing after a dinghy.

The winged traveler, now awkward and weak!
Once so beautiful, now comic and ugly!
Some jerk teases the beak with a pipe stem,
Another mimics him as too drunk to fly.

The Poet is like this prince of the skies
Who haunts the storm and taunts the archer;
Exiled from the sun, amid a jeering crowd,
His magnificent wings won’t even permit him to walk.

III. — ÉLÉVATION

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par delà le soleil, par delà les éthers,
Par delà les confins des sphères étoilées,

Mon esprit, tu te meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l’onde,
Tu sillones gaiement l’immensité profonde
Avec une indicible et mâle volupté.

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides;
Va te purifier dans l’air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

Derrière les ennuis et les vastes chagrins
Qui chargent de leur poids l’existence brumeuse,
Heureux celui qui peut d’une aile vigoureuse
S’élancer vers les champs lumineux et sereins;

Celui dont les pensers, comme des aluettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
– Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des chose muettes!

III. — Elevation

Above the ponds, above the valleys,
Mountains, forests, clouds and seas,
Beyond sun and ethers,
Beyond the confines of the starry spheres,

Get a move on, my spirit, engage your agility,
And, like a good swimmer enraptured by the waves,
Cut gaily across the immense depths
with an inexpressible, a male delight.

Fly well clear of these miasmic morbidities;
Go, purify yourself in the farthest empyrean,
and drink, like a limpid and divine liquor,
The absolute fire that charges infinite space.

Leave behind boredom and perpetual chagrin
whose density befogs your existence,
Happy is he, whose willing wings carry him
To fields luminous and serene;

He whose thoughts, like skylarks,
Demand their liberty from the morning sky,
– Who glide over life, and effortlessly comprehend
The language of flowers and other mute things!

IV. — CORRESPONDANCES

La Nature est un temple où de vivantes piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.

Comme de long échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfumes, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfumes frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
– Et d’autres, corrompus, riches et triomphantes,

Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

IV. — CORRESPONDENCES

Nature is a temple whose breathing pillars
Easily leave us speechless;
Man cuts his swath through forests of symbols
That archly surveil his every detail.

Like sourceless echos they confound us
With an obscure yet profound unity,
Vast like night, vast like light,
Perfumes, colors and sounds correspond to them.

Fragrances fresh as a baby’s cheek,
Sweet as oboes, green as a prairie,
– And others, too, corrupt, rich and triumphant,

Expand into infinity,
Like amber, musk, balsam and incense,
They sing of the spirit that soars with the senses.

V

J’aime le souvenir de ces époques nues,
Dont Phoebus se plaisait à dorer les statues.
Alors l’homme et la femme en leur agilité
Jouissaient sans mensonge et sans anxiété,
Et, le ciel amoureux leur caressant l’échine,
Exerçaient la santé de leur noble machine.
Cybèle alors, fertile en produits généreux,
N trouvait point ses fils un poids trop onéreux,
Mais, louve au coeur gonflé de tendresses communes,
Abreuvait l’univers à ses tétines brunes.
L’homme, élégant, robuste et fort, avait le droit
D’être fier des beautés qui le nommaient leur roi;
Fruits purs de tout outrage et vierges de gerçures,
Dont la chair lisse et femme appelait les morsures!

Le Poète aujourd’hui, quand il veut concevoir
Ces natives grandeurs, aux lieux où se dont voir
La nudité de l’home et celle de la femme,
Sent un froid ténébreux envelopper son âme
Devant ce noir tableau plein d’épouvantement.
O monstruosités pleurant leur vêtement!
O ridicules troncs! torses dignes des masques!
O pauvres corps tordus, maigres, ventrus ou flasques,
Que le dieu de l’Utile, implacable et serein,
Enfants, emmaillota dans ses langes d’airain!
Et vous, femmes, hélas! pâles comme de cierges,
Que ronge et que nourrit la débauche, et vous, vierges,
Du vice maternel traînant l’hérédité
Et toutes les hideurs de la fécondité!

Nous avons, il est vrai, nations corrompues
Aux peuples anciens des beautés inconnues:
Des visages rongés par les chancres du coeur,
Et comme que dirait des beautés de langueur;
Mais ces inventions de nos muses tardives
N’empêcheront jamais les races maladives
De rendre à la jeunesse, à l’air simple, au doux front,
A l’oeil limpide et clair ainsi qu’une eau courante,
Et qui va répandant sur tout, insouciante
Comme l’azur du ciel, les oiseaux et les fleurs,
Ses parfumes, ses chansons et ses douces chaleurs!

V

I treasure the memory of ancient skies,
Wherefrom it pleased the sungod to gild our statuary.
In those days, agile boys and girls
Frolicking without guile or anxiety,
Deployed all the noble assets of the body,
As a loving heaven caressed their backsides.
Cybele, back then, fecund and generous,
Did not find the weight of her children too onerous,
On the contrary, with the love of a wolf for her cubs,
She quenched the thirst of the universe with her auburn breasts.
Elegant man, robust and strong, had the right
To be proud of the beauties who called him king;
Fruit free of bruises, unchafed,
Whose firm, unblemished skin cried out for ¡mordibesos!

Today the Poet, when he can find the strength to summon
Such native grandeurs, from a place where he finds
Woman naked, and man too,
Feels a chill shiver his soul
Before this appalling tableau.
O monstrosities pleading for rags!
O ridiculous breasts — dignify them with masks!
O poor contorted bodies, bloated, scrawny or flaccid,
What god of Utility, implacable and serene,
Changed the bronzed diapers on these kids!
And you, women, alas! pallid as candles,
Sapped yet nourished by debauch, and you, virgins,
Entrained by the heredity of your mother’s vices
And all the hideousness of fecundity!

We have, it is true,
Ancient peoples of unknown beauty:
Of visages chancred by syphiloid hearts,
By, you might say, the merits of listlessness;
But these improvisations of our tardive muses,
Will never disencumber our feckless breed
From their profound reverence for youth,
– Sainted youth, with its simple music, its sweet demeanor,
Its untroubled eye, limpid as a babbling brook,
Which sallies against all, as blithe
As a blue sky, as a bird, a flower,
With its perfumes, its songs and its sweet waves of heat!

VI. – LES PHARES

Rubens, fleuve d’oubli, jardin de la paresse,
Oreiller de chair fraîche où l’on ne peut aimer,
Mais où la vie afflue et s’agite sans cesse,
Comme l’air dans le ciel et la mer dans la mer;

Léonard de Vinci, miroir profond et sombre,
Où des anges charmants, avec un doux souris
Tout chargé de mystère, apparaissent à la ombre
Des glaciers et des pins qui ferment leur pays,

Rembrandt, triste hôpital tout rempli de murmures,
Et d’un grand crucifix décoré seulement,
Où la prière en pleurs s’exhale des ordures,
et d’un rayon d’hiver traversé brusquement;

Michel-Ange, lieu vague où l’on voit des Hercules
Se mêler à des Christs, et se lever tout droits
Des fantômes puissants qui dans les crépuscules
Déchirent leur suaire en étirant leurs doigts;

Colères de boxeur, impudences de faune,
Toi qui sus ramasseur la beauté de goujats,
Grand coeur gonflé d’orgueil, homme débile et jaune,
Puget, mélancolique empereur des forçats,

Watteau, ce carnaval où bien des coeurs illustres,
Comme des papillons, errent en flamboyant,
Décors frais et légers éclairés par des lustres
Qui versent la folie à ce bal tournoyant,

Goya, cauchemar plein de chaoses inconnues,
De foetus qu’on fait cuire au milieu de sabbats,
De vielles au miroir et d’enfants toutes nues,
Pour tenter les démons ajustant bien leurs bas;

Delacroix, lac de sang hanté des mauvais anges,
Ombragé par un bois de sapins toujours vert,
Où, sous un ciel chagrin, de fanfares étranges
Passent, comme un soupir étouffé de Weber;

Ces malédictions, ces blasphèmes, ces plaintes,
Ces extases, ces cris, ces pleurs, ce Te Deum,
Sont un écho redit par mille labyrinthes;
C’est pour les coeurs mortels un divin opium!

C’est un cri répété par milles sentinelles,
Un ordre renvoyé par mille porte-voix;
C’est un phare allumé sur mille citadelles,
Un appel de chasseurs perdus dans les grandes bois!

Car c’est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage
Qu nous puissions donner de notre dignité
Que cet ardent sanglot qui roule d’âge en âge
Et vient mourir au bord do votre éternité!

VI. — WAYPOINTS

Rubens, flume of oblivion, garden of indolence,
Pillow of cool flesh where one makes no love,
But where life unceasingly seethes and swarms,
As the air in the sky and the water in the sea;

Leonardo da Vinci, mirror dark and deep,
Where charming angels, all smiles
Are charged with mystery, appear in the shadows
Of a country ringed by glaciers and pines,

Rembrandt, sad hospice, dense with murmuring,
Decorated solely by a huge crucifix,
Where tearful prayers rise like fumes from excrement,
Through which rays of winter light dart fitfully;

Michelangelo, an abstract place where one
witnesses Herculean Christs, and at dusk,
powerful phantoms sit bolt upright,
Rend their shrouds, and crack their knuckles;

Rage of the wrestler, impudence of the faun,
You who aggregate the beauty of boorishness,
Great heart engorged by pride, man jaundiced and weak,
Puget, the melancholy emperor of convicts;

Watteau, this carnival wherein many illustrious hearts,
Like butterflies, errant and flamboyant,
Decorative and frivolous as the chandeliers
that shed light on the whirling tournament,

Goya, nightmare of the unknown in broad daylight,
Of fetuses born to be grilled mid-Sabbath,
Of hags whose mirrors reflect naked children,
Who tempt the fiend with a glimpse of flesh;

Delacroix, lake of blood haunted by evil angels
Shadowed by an evergreen forest,
Where, under a sky of grief, alien orchestras pass,
Like an astonished sigh by Weber.

These curses, these blasphemies, these ululations,
these ecstasies, these cries, these lamentations, these Te Deum,
Are an echo rebounding through a thousand labyrinths;
But for mortal hearts, it’s a divine opium!

It’s a cry repeated by a thousand sentries,
An order transmitted by a thousand messengers
It’s beacon illuminated in a thousand citadels,
A huntsman’s call lost in a great wood!

Thus it’s true, God Almighty, that the best witness
We are able to give of our dignity
Is this convulsive sob that rolls from age to age
Only to die at the end of your eternity!

VII. — LA MUSE MALADE

Ma pauvre muse, hélas! qu’as-tu donc ce matin?
Tes yeux creux sont peuplées de visions nocturnes,
Et je vois tour à tour réfléchis sur ton teint
La folie et l’horreur, froides et taciturnes.

Le succube verdâtre et le rose lutin
T’ont-ils versé la puer et l’amour de leurs urnes?
La cauchemar, d’un poing despotique et mutin,
T’a-t-il noyée au fond d’un fabuleux Minturnes?

Je voudrais qu’exhalant l’odeur de la santé
Ton sein de pensers fort fût toujours fréquenté,
Et que ton sang chrétien coulât à flots rythmiques,

Comme les sons nombreux des syllabes antique,
Où règnent tour à tour le ère des chansons,
Phoebus, et le grand Pan, le seigneur des moissons.

VII. — THE MUSE INDISPOSED

My poor muse, alas! where have you gone this morning?
Your hollow eyes are populated by nocturnal visions,
And I see, reflected in your pallor, by turns,
Frigid madness, and taciturn horror.

Have the green fairy and the pink imp
Have they dispensed fear and love from their flasks?
Does the despotic caprice of the nightmare’s fist
Yet clasp you to the depths of its fabulous swamp?

I want to breath the healthy odor of sanity
Always to be expected from your breast,
And feel the rhythmic flow of your Christian blood,

Like the numberless sounds of antique syllables,
Whereover reign in turn the father of song,
Apollo, and the great Pan, lord of the harvest.

VIII. — LA MUSE VÉNALE

O muse de mon coeur, amante des palais,
Auras-tu, quand Janvier lâchera ses Borées,
Durant les noirs ennuis des neigeuses soirées,
Un tison pour chauffer tes deux pieds violets?

Ranimeras-tu donc tes épaules marbrées
Aux nocturne rayon qui percent les violets?
Sentant ta bourse à sec autant que ton palais,
Récolteras-tu l’or des voûtes azurées?

Il te faut, pour gagner ton pain de chaque soir,
Comme un enfant de choeur, jouer de l’encensoir,
Chanter des Te Deum auxquels tu ne crois guère,

Ou, saltimbanque à jeun, étaler tes appas
Et ton rire trempé de pleurs qu’on ne voit pas,
Pour faire épanouir la rate de vulgaire.

VIII. — THE MUSE IS VENAL

O muse of my heart, lover of palaces,
When January unleashes its freezing northerlies,
Amid the black ennui of snow-burdened evenings,
Find a lump of coal to toast our chilblained feet?

Will the gaslight piercing the chinks in the shutters
Somehow reduce the shivering in your marbled shoulders?
Feeling our purse as hungry as your palate,
Will we pinch a little pelf from heaven’s vault?

Not so fast; we’re going to have to earn your bread tonight,
As every night, like a choir boy swinging the censer,
Chanting Te Deums even as he disbelieves them,

Or, like a clown with a growling stomach, who pimps his appeal
Behind laughter tempered by frozen tears,
Guaranteed to nourish the public taste.

IX. — LE MAUVAIS MOINE

Les cloîtres anciens sur leurs grandes murailles
Étalaient en tableaux la sainte Vérité,
Dont l’effet, réchauffant les pieuses entrailles,
Tempérait la froideur de leur austérité.

En ces temps où du Christ florissant les semailles,
Plus d’un illustre moine, aujourd’hui peu cité,
Prenant pour atelier le champ des funérailles,
Glorifiait la Mort avec simplicité.

– Mon âme est un tombeau que, mauvais cénobite,
Depuis l’éternité je parcours et h’habite;
Rien n’embellit les murs de ce cloître odieux.

O moine fainéant! quand saurai-je donc faire
Du spectacle vivant de ma triste misére
Le travail de mes mains et l’amour de mes yeux?

IX. — THE WRETCHED MONK

The tableaus of sacred truths
Frescoed onto the high walls of ancient cloisters,
Warm the cockles of the pious
And temper the frost of their austerity.

In the days when Christ sowed his seeds
More than one illustrious monk, now scantily remembered,
Took the cemetery for his atelier,
And glorified Death with his simplicity.

– My soul is a tomb that I, lugubrious cenobite,
Will come to inhabit only after an eternity;
No pigment decorates the walls of this odious cloister.

O slothful monk! how will I ever fashion
The living spectacle of my wretchedness
Into my handiwork, beloved of my eyes?

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Part 2
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© Jim Nisbet 2010

Jim Nisbet has published nine novels, the most recent of which, The Octopus On My Head, was released by Dennis McMillan Publications (Tucson) in July, 2007, and by Editons Payot et Rivages (Paris) under the title Comment j’ai trouvé un boulot in November, 2008. All of these novels – The Gourmet (aka The Damned Don’t Die), Lethal InjectionDeath PuppetPrelude to a ScreamThe Price of the TicketThe Syracuse CodexDark Companion, and The Octopus on My Head — have been published in French as well as English, along with a miscellany of additional translations into German, Japanese, Italian, Polish, Hungarian, Greek and, forthcoming, Russian and Romanian. Ulysses’ Dog has been published in French only, under the title Le Chien d’Ulysse, by (as with all of the French translations) Editions Payot et Rivages (Paris). In April 2010 Overlook Press (New York) will publish a new Jim Nisbet novel,Windward Passage, simultaneously with a new edition of the acclaimed Lethal Injection, out of print since 1989. This rollout will be followed by Jim’s entire backlist, a total of eight additional titles, including the first American publication ofUlysses’ Dog. The Rivages/Thriller edition of Windward Passage will follow. On a parallel track, Green Arcade, an imprint of PM Press, will issue a novella, A Moment of Doubt, in the fall of 2010.

http://noirconeville.com/

 

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2 comments to Jim Nisbet translates LES FLEURS DU MAL by Baudelaire P1